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Comment calculer son seuil de rentabilité

Combien faut-il facturer ce mois-ci pour ne pas perdre d’argent ? La plupart des dirigeants ont un chiffre en tête. Rarement le bon.

Ce chiffre a un nom, le seuil de rentabilité, et il se calcule en dix minutes avec votre dernier compte de résultat. Le seuil de rentabilité s’obtient en divisant les charges fixes annuelles par le taux de marge sur coûts variables. Divisé par douze, il donne le chiffre d’affaires minimum à réaliser chaque mois pour couvrir toutes ses charges.

1. Ce que mesure le seuil de rentabilité

Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires à partir duquel une entreprise couvre l’ensemble de ses charges, fixes et variables : à ce niveau, elle ne gagne rien et ne perd rien. Bpifrance Création recommande de le calculer hors taxes.

Tout repose sur un tri de vos charges en deux tas.

Les charges variables bougent avec l’activité. Pour une menuiserie, ce sont le bois, la quincaillerie, la sous-traitance. Pas de commande, pas de dépense.

Les charges fixes tombent chaque mois, que l’atelier tourne ou non : le loyer, les salaires de l’équipe permanente, les assurances.

Pour les charges entre les deux, comme les heures supplémentaires, un tri approximatif suffit.

2. Comment calculer son seuil de rentabilité, pas à pas

La formule tient en une ligne :

Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables

La marge sur coûts variables est ce qui reste du chiffre d’affaires une fois les charges variables payées. Le taux de marge sur coûts variables est cette marge divisée par le chiffre d’affaires.

Prenez une menuiserie, cas type, qui a fait 1 million d’euros de chiffre d’affaires hors taxes l’an dernier.

Ses charges variables s’élèvent à 600 000 €. Sa marge sur coûts variables est donc de 1 000 000 − 600 000 = 400 000 €. Son taux de marge sur coûts variables vaut 400 000 ÷ 1 000 000 = 40 %.

Ses charges fixes représentent 300 000 € par an.

Son seuil de rentabilité est de 300 000 ÷ 0,40 = 750 000 €, soit un peu plus de 60 000 € de chiffre d’affaires par mois.

Vérification : à 750 000 € de ventes, la marge sur coûts variables est de 750 000 × 40 % = 300 000 €, exactement le montant des charges fixes.

On peut aussi traduire le seuil en date, ce qu’on appelle le point mort. Avec une activité régulière, la menuiserie atteint ses 750 000 € au bout de 9 mois, puisque cette somme représente les trois quarts de son chiffre d’affaires annuel. Elle commence à gagner de l’argent début octobre. Ce qu’elle facture au dernier trimestre fait son bénéfice : 250 000 € de ventes au-delà du seuil, qui rapportent 100 000 € de marge.

3. Ce que le seuil de rentabilité dit de votre entreprise

Le seuil réagit beaucoup plus à la marge qu’aux charges fixes. On a pourtant tendance à traquer les frais généraux en laissant filer les prix d’achat.

Reprenons la menuiserie. Si ses charges fixes augmentent de 20 000 €, à 320 000 €, son seuil passe à 320 000 ÷ 0,40 = 800 000 €. Il faut 50 000 € de ventes en plus.

Si le prix du bois grimpe et que son taux de marge tombe de 40 % à 30 %, le seuil monte à 300 000 ÷ 0,30 = 1 million d’euros. Dix points de marge perdus, et tout le bénéfice a disparu.

Faites ce test sur vos propres chiffres : recalculez votre seuil avec cinq points de marge en moins. Si l’écart vous inquiète, regardez client par client d’où vient la marge, avec la méthode pour calculer sa marge par client.

Dernière lecture utile : l’écart entre votre chiffre d’affaires et votre seuil. La menuiserie fait 250 000 € de plus que son seuil, soit une marge de sécurité de 25 %. Une baisse d’activité de plus d’un quart la ferait passer dans le rouge.

Conclusion

Le seuil de rentabilité est le premier chiffre à connaître par cœur. Il transforme une inquiétude floue (« est-ce qu’on s’en sort ? ») en un objectif mensuel que toute l’équipe peut suivre.

Recalculez-le chaque année, et à chaque hausse de prix de vos fournisseurs. Vous verrez que « 750 000 € à atteindre avant octobre », c’est plus parlant qu’un bilan.

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